Beaucoup de restaurateurs livrent par plateforme sans avoir jamais fait le calcul. C’est compréhensible : la plateforme ne demande aucune organisation, aucun recrutement, aucun risque. Mais elle prélève sur chaque commande, tous les jours, indéfiniment. Avant de trancher, il faut savoir à partir de quel volume votre propre livraison coûte moins cher.
Le calcul, en deux minutes
Prenez votre panier moyen en livraison — disons 32 €. À 28 % de commission, chaque commande vous coûte environ 9 €. Vingt commandes par soir, cinq soirs par semaine, cela fait 900 € par semaine reversés à la plateforme. Un livreur payé sur ces mêmes créneaux, même avec les charges et le scooter, coûte nettement moins.
Le seuil se situe souvent autour de 12 à 15 livraisons par soir. En dessous, la plateforme reste plus souple. Au-dessus, vous payez un salaire à quelqu’un qui ne travaille pas pour vous.
Ce que « livrer soi-même » demande vraiment
Quelqu’un pour rouler : un salarié en coupure, un étudiant le week-end, ou vous-même au début.
Un périmètre raisonnable : mieux vaut livrer très bien trois quartiers que mal toute une agglomération. Les livraisons longues refroidissent les plats et ruinent la réputation.
Un moyen de recevoir les commandes et de les transmettre au livreur sans papier volant.
Des frais de livraison assumés : 2 à 3 € acceptés par le client, ou offerts au-dessus d’un certain montant pour faire monter le panier.
L’erreur classique : livrer partout
Un restaurant qui accepte une livraison à quinze minutes de route y perd deux fois : le plat arrive tiède, et le livreur n’est pas disponible pour trois commandes plus proches. Délimitez vos codes postaux dès le départ, quitte à les élargir plus tard. Un client refusé poliment revient ; un client déçu ne revient pas.
La solution mixte, souvent la bonne
Rien n’oblige à choisir. Beaucoup de restaurants gardent une plateforme pour la visibilité et les quartiers éloignés, tout en poussant leur propre livraison auprès de leurs habitués — par le site, l’addition, la vitrine. Chaque commande qui bascule côté maison, c’est 9 € qui restent dans la caisse, et un client dont vous connaissez enfin le nom.
Ce qu’il faut pour que ça tienne
Livrer soi-même ne tient pas sur des post-it. Il faut que la commande payée arrive directement en cuisine, que le livreur ait l’adresse et le téléphone du client sur son écran, et que le client sache où en est sa commande sans avoir à appeler. Quand ces trois choses sont en place, votre propre livraison devient plus fiable que celle de la plateforme — parce que c’est votre nom sur le sac.
Faites le calcul sur vos trois derniers mois de commissions. Le chiffre que vous obtiendrez décidera à votre place.